Parler de la mort à un enfant

Les erreurs à ne pas commettre.

Marie-Suzon Morand, Th.THA Thérapeute du deuil, Thanatologue

11/11/2025

woman in white long sleeve shirt sitting on black couch
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En cabinet privé, j’ai accompagné plusieurs parents endeuillés qui se retrouvent eux-mêmes dans le rôle d’accompagnateur auprès de leur enfant. Très souvent, leur première question est :
« Qu’est-ce que je dis à mon enfant ? »
Cette question est légitime, parler de la mort à un enfant demande de la sensibilité, du courage, et surtout une bonne compréhension de sa façon de percevoir le monde.

Pour y voir plus clair, on doit commencer par distinguer deux grandes catégories d’enfants :

  • ceux d’environ 2 à 9 ans, encore baignés dans le monde de l’imaginaire ;

  • et ceux de 9 à 10 ans et plus, qui commencent à raisonner de manière concrète et logique.

Les plus jeunes (2 à 9 ans) : éviter de jouer avec l’imaginaire

Les enfants de ce groupe croient encore aux lutins, aux fées et aux histoires magiques. Leur imaginaire est très vivant, ce qui rend leur compréhension de la mort encore floue.
C’est pourquoi il est préférable d’éviter les métaphores ou les explications spirituelles trop abstraites.

Les adultes, souvent dans une intention protectrice, disent des phrases comme :
« Papa est au ciel. »
Mais pour un enfant, cette image devient littérale : il passera des mois, voire des années, à regarder le ciel pour chercher son père. Ce type d’explication nourrit l’attente, l’incompréhension et parfois même la colère.

À cet âge, il est préférable d’utiliser des mots simples, concrets et vrais :
« Papa est mort. Son corps ne bouge plus, il ne respire plus, il ne souffre plus. »
Cela peut sembler dur, mais c’est ce qui aide l’enfant à comprendre la réalité de la mort. Il perçoit davantage le ton rassurant du parent que la dureté des mots.

Les plus vieux (9 à 10 ans et plus) : ouvrir le dialogue

À partir de 9 ou 10 ans, l’enfant commence à comprendre le caractère définitif de la mort. Son raisonnement devient plus logique, mais il garde encore un grand besoin de sens.
C’est à ce moment qu’il faut nommer les choses clairement, tout en lui laissant la liberté de construire sa propre vision spirituelle.

Souvent, l’enfant reviendra avec des questions comme :
« Maman, penses-tu que papa est au ciel ou en enfer ? »
Plutôt que de lui imposer une croyance, vous pouvez répondre :
« Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? »
Cette simple question ouvre un espace de réflexion. Elle lui permet de développer sa propre compréhension de la mort et d’y trouver du sens.

Ne pas éviter le sujet

Beaucoup de parents préfèrent éviter d’en parler pour ne pas raviver la douleur. Pourtant, le silence n’efface rien, il laisse simplement l’enfant seul avec ses peurs.
Les enfants ressentent tout : les émotions, les changements d’humeur, les non-dits. Lorsqu’on ne leur explique pas ce qu’ils perçoivent, ils comblent le vide avec leur imagination, souvent bien plus inquiétante que la réalité.

Mieux vaut aborder le sujet doucement, avec des mots vrais et une présence stable. L’enfant a besoin de sentir qu’il peut poser des questions quand il en ressent le besoin.

Ne pas minimiser la peine de l’enfant

Dire « ne pleure pas » ou « sois fort » empêche l’enfant d’exprimer ce qu’il vit.
Les émotions sont normales et nécessaires dans le processus de deuil. Vous pouvez simplement dire :
« C’est correct d’être triste, moi aussi je le suis. On va traverser ça ensemble. »
Cette validation lui montre que ses émotions sont légitimes, et que la peine fait partie de la vie.

Ne pas exclure l’enfant des rituels

Par souci de protection, certains parents écartent l’enfant des funérailles ou des cérémonies. Pourtant, ces rituels ont une fonction importante : ils permettent de dire au revoir, de comprendre ce qui se passe et d’intégrer la perte dans la réalité.

L’enfant peut y participer à sa manière : déposer un dessin, allumer une chandelle, apporter une photo…
Avant la cérémonie, prenez le temps de lui expliquer ce qu’il verra :
« Il y aura des gens qui pleurent, certains vont se prendre dans les bras, c’est leur façon de dire au revoir. »
La préparation et la clarté rassurent plus que le silence.

Ne pas ignorer ses questions

Les enfants posent des questions directes : « Est-ce que toi aussi tu vas mourir ? »
Ce genre de question traduit un besoin de sécurité. Vous pouvez répondre honnêtement :
« Oui, tout le monde meurt un jour, mais pour l’instant je suis en santé et je compte rester longtemps avec toi. »
Ce type de réponse apaise sans mentir. Elle montre qu’on peut parler de la mort tout en maintenant un sentiment de sécurité.

En conclusion, parler de la mort à un enfant, c’est lui transmettre bien plus qu’une information : c’est lui apprendre à apprivoiser la vie, la perte, et les émotions qui les accompagnent.
En choisissant des mots simples, sincères et adaptés à son âge, vous l’aidez à construire une base émotionnelle solide.