Les codes QR sur les pierres tombales
Regard psychologique sur le phénomène
Marie-Suzon Morand, Th.THA, Thérapeute du deuil, Thanatologue


Pendant le congrès des Coopératives funéraires du Québec, où j’étais exposante cet été, le kiosque situé juste en face du mien appartenait à une entreprise qui propose des plaques commémoratives munies de codes QR. En quelques secondes, ces petits carrés métalliques permettent d’accéder à une page web rassemblant photos, vidéos, messages, musique, souvenirs et fragments de vie.
Voir défiler devant leur kiosque des directeurs funéraires, des thanatologues et plusieurs professionnels intéressés m’a permis d’observer concrètement l’intérêt grandissant pour ces outils. Et, naturellement, en tant que thérapeute du deuil, une question s’est imposée à moi : est-ce que cela fait réellement une différence pour les endeuillés ?
Cette réflexion m’a profondément intriguée, car au-delà de l’innovation technologique, ce phénomène nous parle d’une réalité fondamentale : la façon dont nous vivons, partageons et transmettons le souvenir évolue.
Une humanisation du monument funéraire
Traditionnellement, une pierre tombale offre un espace de mémoire très limité : un nom, deux dates et parfois une épitaphe. Le code QR, lui, ouvre la porte à un récit plus large.
Pour de nombreuses familles, il répond à un besoin : ne pas réduire une existence entière à quelques mots gravés dans la pierre.
Sur le plan psychologique, cela s’inscrit dans ce que plusieurs endeuillés expriment instinctivement : la peur que leur proche « tombe dans l’oubli ». Les pages mémorielles accessibles via QR code permettent alors de préserver et de partager une histoire plus complète : les rires, les voyages, la voix, les passions, les imperfections, bref, tout ce qui a fait vibrer la personne. Elles prolongent le souvenir au-delà des limites du monument physique.
Un outil qui soutient le processus de deuil
Créer une page web en hommage à un être aimé n’est pas simplement un geste technique : c’est un rituel moderne. Rassembler des photos, choisir des vidéos, écrire un texte, inviter d’autres personnes à contribuer… chaque étape permet un véritable travail d’intégration émotionnelle.
C’est l’occasion de revisiter des moments significatifs, de reconstruire un fil narratif et de donner une forme au chagrin.
Pour certains, particulièrement ceux qui n’ont pas pu faire leurs adieux ou qui vivent un deuil compliqué, cet espace numérique devient un lieu où exprimer ce qui n’a pas pu être dit : un mot d’amour, un merci, un pardon.
Une continuité du lien plutôt qu’un détachement
Pendant longtemps, on a pensé que faire son deuil signifiait « couper le lien » avec la personne décédée. La psychologie moderne reconnaît désormais la notion de lien continu.
Les QR codes offrent un support concret à cette continuité. Ils rendent possible un retour symbolique, un moment de recueillement accessible en tout temps et en tout lieu.
Pour les jeunes générations, plus à l’aise avec le numérique, cela rend le souvenir plus tangible.
Un souvenir collectif, partagé
Une autre force de ces mémoriaux numériques est leur dimension participative. Famille, amis, collègues peuvent ajouter des messages, des photos, des témoignages.
Le deuil, souvent vécu comme un parcours intime et solitaire, devient alors un espace partagé où chacun peut exprimer ce que la personne représentait pour lui.
Sur le plan psychologique, cette dimension est précieuse : elle réduit l’isolement, un facteur de la résilience.
Une mémoire accessible dans le temps
Dans une société où les familles sont dispersées géographiquement, les QR codes permettent aux proches de vivre un moment de recueillement où qu’ils soient. Ils offrent un accès à une archive familiale moderne capable de traverser les générations.
Un regard de l’intérieur : questions posées à Itavie
Pour mieux comprendre les limites, les enjeux et la vision derrière ces plaques commémoratives, j’ai échangé avec Samuel Paquette, l’un des propriétaires d’Itavie, une entreprise québécoise spécialisée dans ce service. Je lui ai donc posé quelques questions:
1. Qui contrôle la page commémorative ?
La page est contrôlée à 100 % par la famille ou la personne autorisée. C’est elle qui gère le contenu (textes, photos, vidéos) de façon autonome; Itavie fournit seulement la technologie et le soutien technique au besoin.
2. Que deviendra-t-elle dans 10, 20 ou 40 ans ?
Nous garantissons un minimum de 20 ans d’hébergement sur notre site, et nous maintenons les pages en ligne tant et aussi longtemps que l’entreprise est en activité. En tout temps, la famille peut télécharger la page et l’héberger chez un autre fournisseur afin que les souvenirs puissent exister au-delà d’Itavie. Nos plaques sont en aluminium, le même type de matériau que les panneaux de signalisation extérieurs, testé depuis des décennies au Québec.
3. Que se passe-t-il si votre service cesse ses activités ?
Un protocole est prévu pour permettre aux familles de télécharger la page commémorative complète (textes, photos, vidéos) et de la republier sur l’hébergeur de leur choix. Le code QR peut ensuite être redirigé vers cette nouvelle adresse afin de conserver l’accès à la page souvenir.
4. Comment assurez-vous la confidentialité et la sécurité des données ?
Nous appliquons les exigences de la Loi 25 sur la protection des renseignements personnels au Québec, avec l’accompagnement de firmes spécialisées. Les données sont hébergées sur des serveurs sécurisés situés au Québec, par un hébergeur d’envergure, avec des protocoles de sécurité à jour et des accès limités uniquement au personnel autorisé.
Pour en connaitre plus sur les services de Itavie: https://itavie.ca/fr
