Le deuil amoureux
La peine d’amour : un deuil à part entière
Marie-Suzon Morand, Th.THA, Thérapeute du deuil, Thanatologue
1/26/2026


J’ai vécu plusieurs petits deuils dans mon enfance.
J’ai enterré moi-même mes animaux décédés : mon cochon d’Inde Chouchou et ma chatte Coquine. Ces pertes m’ont attristée, bien sûr, mais le premier deuil qui m’a réellement fait mal est arrivé plus tard, en sixième année.
J’avais 12 ans quand mon petit amoureux a « cassé » avec moi.
Je l’aimais profondément, du haut de mes 12 ans, et je me souviens encore très clairement de la peine que j’ai ressentie lorsque ses amis sont venus me voir dans la cour d’école en criant : « Il casse ! Haha! »
Cette scène est restée gravée en moi comme si c’était hier.
À cette époque, on ne parlait pas encore de styles d’attachement. Et de toute façon, j’étais beaucoup trop jeune pour faire du développement personnel. Pourtant, avec le recul, ma réaction très intense face à une amourette de deux semaines révélait déjà une tendance vers un style d’attachement insécure.
Par la suite, j’ai vécu d’autres échecs amoureux.
J’ai aussi été témoin de ceux de mes ami(e)s. Très tôt, j’ai développé une forte curiosité pour le phénomène.
À l’adolescence, ma bibliothèque s’est remplie de livres de psychologie et de psycho-pop sur les relations amoureuses. Je voulais tellement comprendre… ou, pour être honnête, tout faire en mon pouvoir pour m’éviter de revivre ça.
J’ai lu des livres très mauvais, mais aussi certains plus intéressants, qui m’ont réellement aidée. Je pense notamment au Syndrome de Tarzan, un livre qui parlait des rôles de « trou noir affectif » et de « desesperado », que nous nommons aujourd’hui plus justement la dépendance affective et la codépendance.
À 16 ans, je savais déjà que je ferais carrière dans le domaine de la mort et du deuil.
Et j’ai toujours nommé la peine d’amour comme un deuil en soi. Je l’ai toujours observée ainsi.
Le deuil amoureux, toutefois, porte quelque chose de particulier.
Je ne veux pas dire qu’il fait plus mal que la mort d’un être cher, les douleurs ne se comparent pas, mais dans le deuil amoureux, en plus de devoir dire au revoir, il y a souvent une dimension de rejet.
Et le rejet… nous savons tous à quel point ça fait mal.
Les styles d’attachement
J’aurais vraiment envie de développer davantage sur les différents styles d’attachement et de vous parler du phénomène bien connu du « qui se ressemble s’assemble » et des « contraires qui s’attirent ». On le voit très clairement dans les dynamiques d’attachement. Mais ce sera un article à part entière.
Sachez toutefois ceci : les personnes ayant un attachement sécure ont tendance à se retrouver entre elles, tout comme les personnes ayant un attachement plus insécure ont souvent tendance à former des relations entre elles. Autrement dit, si vous portez un attachement insécure, il y a de fortes chances que votre partenaire le soit aussi.
Mais là n’est pas le cœur de l’article d’aujourd’hui.
Ce que je souhaite que vous reteniez, c’est que les personnes ayant un attachement sécure traversent généralement mieux les échecs amoureux. Pourquoi ? Parce qu’elles ont une confiance de base en elles-mêmes, mais aussi en la vie et en leur capacité à traverser l’adversité.
À l’inverse, lorsqu’on porte un attachement plus insécure, la confiance est souvent plus fragile. Fragile envers soi, mais aussi envers l’avenir. La rupture peut alors être vécue de façon beaucoup plus dramatique, voire fataliste :
« Je vais être seul pour toujours. »
« Je ne m’en remettrai jamais. »
La peine d’amour devient alors non seulement une perte, mais une menace pour l’identité, la sécurité intérieure et le sentiment d’exister aux yeux de l’autre.
La blessure de rejet
À cela s’ajoute souvent une autre dimension importante : la blessure de rejet, ou d’abandon, qui prend racine bien avant la relation amoureuse actuelle.
Lorsqu’une relation se termine et que cette blessure est activée, ce ne sont pas uniquement les émotions liées à la rupture qui émergent. Ce sont aussi des émotions beaucoup plus anciennes, parfois liées à l’enfance, qui remontent à la surface. Et très souvent, la personne ne s’en rend même pas compte.
La fin de la relation agit alors comme un déclencheur. Elle réveille des peurs profondes : ne pas être assez, être oublié, ne pas compter. La douleur ressentie dépasse largement la relation qui vient de se terminer.
C’est à cet endroit précis que la peine d’amour peut devenir insupportable, envahissante, paralysante.
Pour terminer, la peine d’amour n’est pas « juste » une rupture.
C’est un deuil. Un deuil particulier, complexe et intime, qui touche à la fois la perte de l’autre, la perte du lien et la perte de ce que l’on croyait être.
Si, dans ces moments, notre attention se porte naturellement sur la rupture et la souffrance qui en découle, la peine d’amour peut aussi devenir un espace de travail plus profond : un moment pour mieux se connaître et mettre en lumière certaines blessures du passé.
